פרשת וירא
ספר בראשית
רבי שמואל בן מאיר, הרשב"ם, נכדו של רש"י, שחי לפני כ־900 שנה, דגל בפירוש התורה לפי פשוטו של מקרא, אף יותר מסבו. בפירושו לבראשית (לז 2) הוא מספר: "נתווכחתי עמו (סבו רש"י) ולפניו, והודה לי שאילו היה לו פנאי, היה צריך לעשות פירושים אחרים לפי הפשטות המתחדשים בכל יום".
נאמנותו לפשט הביאה אותו לפירוש מפתיע ביותר של עקידת יצחק שבסוף פרשתנו.
פרשת העקידה נפתחת במילים: וַיְהִי אַחַר הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה. (כב 1). אילו דברים? לדעת הרשב"ם, הכוונה לברית שכרת אברהם עם אבימלך בפרשה הקודמת.
אלא שברית זו עוררה את כעסו של הקב"ה. כיצד יכול אברהם להבטיח לאבימלך ולצאצאיו זכויות בארץ שהקב"ה הבטיח לו ולזרעו?
לכן מפרש הרשב"ם את המילים וְהָאֱלֹהִים נִסָּה אֶת אַבְרָהָם במשמעות חריגה: "קינתרו וציערו", ומוסיף: "ועתה לך והעלהו לעולה, ויראה מה הועילה כריתות ברית שלך".
לפי פירוש נועז זה, העקידה אינה רק מבחן אמונה, אלא גם תגובה הקב"ה לברית שכרת אברהם.
מעניין לציין שהרשב"ם חי בתקופת מסעי הצלב. בשנת 1099 כבשו הצלבנים את ירושלים, והארץ הייתה זירת מאבקים בין עמים ודתות.
האם אפשר לראות בפירושו גם הד למציאות ההיסטורית של ימיו? אין בידינו הוכחה לכך, אבל אפשר להציע קריאה מעניינת: מול אומות הנלחמות על הארץ, הרשב"ם מזכיר שהבטחת הקב"ה לאברהם אינה מתבטלת בעקבות הסכמים אנושיים.
בריתות בין בני אדם עשויות להשתנות, ומעצמות קמות ונופלות, אולם דבר ה' נצחי: (ברא' יג 17): קוּם הִתְהַלֵּךְ בָּאָרֶץ לְאָרְכָּהּ וּלְרָחְבָּהּ, כִּי לְךָ אֶתְּנֶנָּה.
שבת שלום ומבורך.
Dvar Thora Parashat Vayéra
Le sacrifice d’Isaac : un châtiment pour l’alliance conclue avec Aviméle’h ?
Rabbi Chmouel ben Méir, le Rachbam, petit-fils de Rachi, qui vécut il y a environ 900 ans, privilégiait une interprétation de la Torah fondée sur le sens littéral du texte (Pchat), poussant cette démarche encore plus loin que son grand-père.
Dans son commentaire sur la Genèse (37, 2), il raconte : « J’ai discuté et débattu avec mon grand-père Rachi, et il m’a reconnu que, s’il en avait eu le temps, il aurait dû rédiger d’autres commentaires, conformément aux nouvelles interprétations du sens littéral qui se découvrent chaque jour. »
Cette fidélité au sens littéral le conduisit à proposer une interprétation particulièrement surprenante de la Akéda, le « sacrifice d’Isaac », raconté à la fin de notre Paracha.
Le récit de la Akéda commence par les mots : « Après ces événements » (Genèse 22, 1). De quels événements s’agit-il ? Selon le Rachbam, cette expression renvoie à l’alliance conclue entre Abraham et Aviméle’h dans le chapitre précédent.
Or, cette alliance aurait provoqué la colère de Dieu. Comment Abraham pouvait-il garantir à Aviméle’h et à ses descendants des droits sur une terre que Dieu lui avait promise, à lui et à sa descendance ?
C’est pourquoi le Rachbam donne aux mots « Dieu mit Abraham à l’épreuve » un autre sens: « D.ieu le provoqua et lui causa de la peine. » Il ajoute : « Maintenant, va offrir ton fils en holocauste, et nous verrons à quoi t’aura servi l’alliance que tu as conclue ! »
Selon cette interprétation audacieuse, la Akéda n'est donc pas seulement une épreuve de foi, mais également une réaction divine à l'alliance conclue par Abraham.
Il est intéressant de rappeler que le Rachbam vécut à l’époque des croisades. En 1099, les croisés conquirent Jérusalem, et la Terre d’Israël devint le théâtre de luttes entre peuples et religions.
Peut-on voir dans son commentaire un écho de la réalité historique de son époque ? Nous n’en avons aucune preuve, mais il est possible de proposer une lecture intéressante : face aux nations qui se disputent la Terre d’Israël, le Rachbam nous rappelle que la promesse divine faite à Abraham ne saurait être annulée par des accords humains.
Les alliances entre les hommes peuvent changer, les grandes puissances apparaissent et disparaissent, mais la parole divine demeure éternelle :
« Lève-toi, parcours le pays dans sa longueur et dans sa largeur, car c’est à toi que Je le donnerai. » (Genèse 13, 17).
Chabbat Chalom